Dressmaker : le jeu vidéo qui vous fait respecter le droit-fil

25 septembre 2026

Aucun partenariat entre Atenafrodite et l’éditeur – jeu acheté.

Il y a un jeu vidéo sorti lundi dernier qui vous demande, très sérieusement, si vous voulez couper cette pièce dans le droit-fil ou dans le biais. Et si vous vous trompez, ça se voit sur la robe finie.

Il s’appelle Dressmaker, il coûte une quinzaine d’euros, et en quatre jours il s’est hissé dans le top des ventes Steam devant des blockbusters à cent millions de budget. Avant d’être un jeu, c’est d’abord une histoire de couture.

Une robe faite main au premier rendez-vous

Les personnes à l’origines de ce projet sont Sabrina Becker et Jonathan Hau-Yoon.

Sabrina a appris à coudre avec sa mère. Naturellement, à son premier rendez-vous avec Jonathan, elle portait une robe qu’elle avait cousue elle-même. Celui-ci apprend qu’elle voulait partir étudier le design de costume à l’étranger.  En effet, Sabrina est passionnée d’histoire du costume, de ces robes qu’on ne fabrique plus qu’en atelier de théâtre ou de musée. Mais une maladie chronique a mis ce projet en pause.

Jonathan, lui, fabrique des jeux vidéo depuis une dizaine d’années dans un studio sud-africain, Free Lives, connu pour tout le contraire d’une robe à volants notamment des jeux d’action violents et potaches. Ce qu’il voulait, c’était offrir à Sabrina un endroit où continuer à créer des robes. 

A deux, ils ont commencer à travailler sur le jeu, le soir, en inventant une table de coupe virtuelle, puis un mannequin sur lequel poser les pièces découpées.

Ensemble, ils créent l’histoire d’une couturière établie dans une ville probablement d’Angleterre du début du 20ème siècle. 

Pour voir si l’idée plaît, ils montent une vidéo TikTok en un après-midi, sans même un nom pour le jeu. L’engouement est énorme : la vidéo fait un demi-million de vues. C’est alors qu’ils le proposent au studio où travaille Jonathan. Le studio hésite, puis finalement accepte un test. Ils ne mettront que trois semaines et trois personnes sur le projet. En découle un prototype gratuit mis en ligne. La suite est incroyable ! Cent mille téléchargements en deux mois et des commentaires étoffés et enthousiates. Voyant le potentiel du jeu, Free Lives crée alors un label à part, Cozy Lives, et l’équipe passe à plein temps. Et nous voici au 21 septembre 2026, date où le jeu Dressmaker sort sur Steam. Le lendemain, il a déjà remboursé son développement.

Ce qu’une couturière a mis dans le jeu

Le rôle de Sabrina est déterminant. C’est elle qui a choisi et dessiné les pièces de robe, décidé l’esthétique, et transformé ses « vibes couturesques » en chiffres pour que le jeu sache quand une robe est élégante. Elle résume ses derniers mois de travail en deux mots : tableurs et nombres. C’est elle aussi qui a tranché sur un point; l’histoire ne se ramifie pas. De fait, la couturière devra coudre le modèle et le terminer, quitte à utiliser le découd vite (oui, oui, il y en un dans le jeu).

L’âme de ce jeu, c’est elle. Et c’est sa propre Singer qu’on entend dans le jeu. Un sound designer est venu enregistrer le doux son de sa machine ainsi que ceux de sa paire de ciseaux. Pour une totale immersion, Sabrina a même organisé un cours de couture pour toute l’équipe de développement. Jonathan raconte être arrivé nerveux à ce cours, puis avoir découvert que le ronron de la machine finit par s’effacer et que c’est étrangement apaisant. Si vous cousez, vous savez exactement de quoi il parle.

Je l’ai testé : une commande, de A à Z

Dans la peau de cette couturière, j’ai réalisé ses trois premières commandes. Ce n’est pas un test complet. Le jeu annonce des dizaines d’heures, mais c’est assez pour voir comment le jeu fonctionne. Voici ce qu’on fait, dans l’ordre, et ce que ça donne quand on coud vraiment.

  1. La cliente entre. Elle explique son besoin : un événement, un style, des couleurs qu’elle aime. Chaque cliente a ses goûts, et c’est sur eux qu’on sera jugée à la fin.
  2. Les mesures. Buste, taille, hanches : trois mesures qu’on reporte sur le mannequin avant de travailler. C’est simplifié, évidemment (pas de carrure, pas de longueur taille-genou, bref, pas d’ajustements), mais le réflexe est le bon car on ne coupe rien avant d’avoir mesuré.
  3. Le carnet et les achats. On définit la robe (encolure, manches, jupe, couleurs). Vous n’avez pas besoin de savoir dessiner pour réaliser votre croquis. Toutes les pièces sont déjà dessinées et vous n’avez qu’à piocher dans la bibliothèque pour constituer votre dessin. Ensuite, vous allez acheter tissu et articles de mercerie. Ainsi, le jeu prend une dimension réelle puisque le tissu coûte de l’argent. Dans n’importe quelle mercerie, on paie un métrage et dans le jeu c’est pareil. D’ailleurs, au fil du jeu, on peut utiliser les coupons restants des commandes précédentes pour rentrer dans ses frais.
  4. La coupe. Le moment le plus fidèle à travail de la couturière dans le jeu. On place les pièces du patron sur le tissu en fonction du droit-fil (la flèche indiquant le droit-fil devient verte quand vous la positionnez bien sur le tissu). Tout comme on le ferait devant un tissu dans la vraie vie, on optimise la place pour ne pas gaspiller (et rester rentable), tout en respectant le droit-fil. Quiconque a déjà tourné et retourné un plan de coupe pour gagner dix centimètres comprendra aisément.
  5. Le mannequin. On y place les pièces coupées, on visualise. Une fois les pièces posées sur le mannequin elles épinglent automatiquement). Dès que les pièces sont prêtes à être assemblées, une bobine de fil apparaît à cet endroit.
  6. La machine. C’est vous qui guidez le tissu sous l’aiguille en gérant l’orientation des pièces de tissu à la souris (ou au pavé tactile) et la vitesse avec la barre d’espace. Le jeu ne dirige pas les pièces pour vous sous la machine donc si vous cousez de travers, vous pourrez utiliser le découd-vite.) Coudre dans le jeu demande de s’appliquer, et surtout, la qualité de la couture compte dans la note finale. Une couture qui gondole, ça se paie. Une fois la couture finie, vous pouvez rajouter des ornements (rubans, dentelles, perles …)
  7. La livraison. On prend la robe en photo, on la rend à la cliente, qui réagit, et le scénario avance. On est notée sur deux choses : le respect de sa demande et la qualité de la réalisation.

Ce que vous ne trouverez pas dans Dressmaker

Tout est dans le titre : on ne coud que des robes. On oublie le corsages, les jupes (et ne parlons pas des pantalons).

Techniquement, cela devait être difficile à le conceptualiser mais vous n’aurez pas la possibilité d’enfiler l’aiguille, de faire une canette, de régler la tension. Après tout, ce n’est pas forcément dans ces tâches qu’ont prend du plaisir mais c’est à noter.

Le surfilage, c’est surfait ! En tous cas, dans mon test, je n’ai jamais eu l’occasion d’en faire. L’étape du repassage, vous pouvez l’oublier. Les allergiques au fer à repasser se réjouiront.

Verdict (provisoire)

  • Sur l’envers, d’abord. Ce n’est pas un logiciel de patronage : pas de simulation du tissu, pas de doublure ni de repassage, pas de patron à imprimer, des mesures simplifiées. La boucle est toujours la même (cliente, mesures, achats, coupe, couture, livraison) et risque de lasser sur la durée ; le scénario et les nouveaux tissus débloqués sont là pour compenser, je n’ai pas encore le recul pour dire si ça suffit. Pas de version française, et c’est une vraie limite si le vocabulaire couture en anglais ne vous est pas familier. Enfin quelques bugs sans gravité, une interface parfois confuse, et pas de réglage AZERTY trouvé. Des mises à jour sont déjà annoncées, dont une meilleure prise en main à la manette : on peut espérer que ces finitions soient reprises.
  • Sur l’endroit, ensuite, et c’est ce qui compte. Le process de la couturière ainsi que la gestuelle a vraiment été compris. La coupe et la couture ne sont pas des barres de progression déguisées. On optimise, on aligne les pièces sur le droit-fil, on guide, et on voit le résultat. Le jeu est mignon, coloré, pastel, les musiques sont jolies (elles me font penser à celles qu’on entend dans la Main Street chez Disneyland Paris). La petite histoire qui relie les clientes est sympathique (je n’en dirai pas plus) et c’est elle qui donne envie de lancer la commande suivante. C’est un jeu de chill, à faire avec un thé et des petits gâteaux à côté. À une quinzaine d’euros, tout n’est pas parfait mais le jeu est intéressant. Il donne quelques notions en couture pour les débutants, permet de gérer un budget et répondre à des contraintes. Sans compter qu’il peut donner envie de se mettre à la couture.

Pour qui ? Les couturières qui veulent créer et couper sans y passer des heures (ok, c’est virtuel mais plaisant) ; les débutants qui veulent comprendre pourquoi on parle tout le temps de droit-fil (et un début d’apprentissage pour apprendre à coudre droit) ; les ados ; et tous ceux et celles qui ont envie d’un moment calme sans sortir la machine.

Personnellement, j’aime beaucoup trop la couture pour me satisfaire uniquement de ce jeu. J’aime toucher le tissu, avoir ce contact, puis porter ou utiliser mes créations. Cependant, ça a un côté presque aussi apaisant que de coudre réellement. Cela peut être un bon compromis pour quand même coudre quand on est loin de sa machine et à moindre coût (en temps et argent). De plus, ce jeu est un atout pour vous si votre entourage croit que coudre c’est juste assembler deux bouts de tissus. Vous pouvez initier votre entourage à la couture par ce biais en les invitant à y jouer. Ce jeu met en avant des défis et contraintes auxquels font face les couturiers, couturières et cela permettra aux non intitiés à la couture de mieux nous comprendre. Un jeu frais, pour tous.


Encadré pratique

  • Dressmaker, Cozy Lives / Free Lives, sorti le 21 septembre 2026
  • Page Steam : https://store.steampowered.com/app/4019220/Dressmaker/
  • Discord officiel : https://discord.gg/tBa93Rzgj5
  • Steam, Windows et Mac / Versions Switch et mobile annoncées, sans date.
  • Prix : 14,99 $ (≈ 15 €), −10 % jusqu’au 28 septembre
  • Langues : anglais, chinois simplifié et japonais. D’autres traductions sont prévues ; l’équipe en parle sur son Discord.
  • Prototype gratuit toujours en ligne sur itch.io : https://elyaradine.itch.io/dressmaker
  • Mises à jour annoncées : mode défi en ligne (vote des joueuses pour les plus belles robes), tissus transparents, meilleure prise en charge manette.

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